13 mars 2011
Chronique d'un best-seller
L'homme de Kaboul, de Cédric Bannel.
Critique rédigée dans le cadre d’un concours organisé par CanalBlog et les éditions Robert Laffont.
Il y a quelques mois, j’ai été contactée par l’équipe de CanalBlog, pour me proposer de recevoir en avant-première une épreuve de L’Homme de Kaboul, et publier une critique de ce roman sur mon Blog. N’ayant pas alimenté ce Blog depuis longtemps, j’ai saisi cette opportunité pour me créer le devoir de rédiger un post. Et me voici, à moins d’une heure de l’échéance…
L’intrigue :
Kaboul, Afghanistan, de nos jours.
Oussama Kandar, chef de la brigade criminelle de Kaboul, est averti du suicide d’un homme d’affaires afghan. Surpris, car si les attentats suicides y sont malheureusement monnaie courante, le suicide est peu répandu en Afghanistan, il décide de se rendre sur les lieux. Sur place, le ministre de la Sécurité, son supérieur direct, insinue que l’affaire ne mérite pas de s’investir dans une enquête. Rigoureux, Oussama procède cependant à l’inspection de la scène et trouve rapidement des indices corroborant ses doutes face à la thèse du suicide : absence de traces de poudre sur les mains du cadavre, et présence de déodorant indiquant qu’il se serait apprêté avant de mourir…
Ainsi débute le mystère qu’Oussama s’efforcera de résoudre avec acharnement, envers et contre tous, avec l’aide de ses fidèles adjoints, et qui les entraînera dans les méandres d’une affaire complexe, dont les implications dépasseront de loin les frontières de l’Afghanistan.
Berne, Suisse, au même moment.
Nick et Werner, deux jeunes analystes travaillant pour le compte d’une structure « très discrète », l’Entité, sont contactés par un indicateur qui leur apprend où se trouve un fugitif activement recherché, dans le cadre d’une mission top secrète et top priorité. Excité, et fier d’avoir obtenu l’information, Werner contacte le « général » qui dépêche une troupe de « K » sur les lieux, des hommes de terrain surentraînés, à la réputation héroïque entourée de mystère et de crainte. Frustré d’être ainsi laissé à l’écart, Werner convainc Nick de partir à la recherche du fugitif de leur côté, à l’insu du général. Une expédition qui se soldera par une nouvelle disparition du fugitif et le décès accidentel de Werner, laissant Nick avec entre les mains un dossier énigmatique retrouvé dans les affaires du fugitif, et dans le cœur l’obsession de comprendre les enjeux qui y sont associés.
A partir de là, nos deux héros vont se lancer chacun de leur côté dans une enquête aux multiples rebondissements imbriquant au fur et à mesure les différentes pièces du puzzle pour aboutir à un dénouement commun.
Les personnages :
Deux personnages principaux donc, Oussama Kandar et Nick Snee, que tout semble opposer mais qui se retrouvent dans leur quête de justice et de vérité.
Oussama est un héros : physiquement impressionnant par sa taille, compétent dans ses fonctions, intègre dans sa moralité. On s’attache à ce personnage, très humain, que l’on suit dans son enquête, mais également dans sa vie privée, et sa relation avec sa femme.
Nick est presque un antihéros : intellectuel avant tout, il se retrouve comme pris dans une aventure pour laquelle il n’était pas taillé.
Le Mollah Bakir, autre personnage clef de l’intrigue, est à mon sens le plus ambivalent : taliban modéré, il milite pour un pouvoir religieux, mais sans les excès du régime précédent. Il accordera son aide à Oussama, pour servir ses propres intérêts, et l’on se demandera un moment dans quelle mesure il sera digne de confiance.
La plupart des autres personnages sont plus manichéens : bons ou méchants, ce caractère est clairement affiché, et ils ne dévient pas de leur orientation au fil de l’histoire.
Le rythme, le style, l’univers …
Bien documenté (semble-t-il, pour autant que je puisse en juger, mes connaissances en la matière étant plutôt limitées), ce roman plonge le lecteur au cœur de l’Afghanistan.
Cependant, n’étant pas une inconditionnelle du genre policier, j’aurais sans doute davantage apprécié de partir à la découverte de l’Afghanistan en compagnie de personnages plus complexes, se situant au cœur du récit et non au service d’une intrigue.
Une intrigue bien articulée, dans laquelle s’imbriquent deux histoires parallèles qui finiront par se rejoindre, mais que l’on suit facilement. A la fin, tout est expliqué très vite, on referme le livre sans se poser de questions.
Loin de m’ennuyer, j’ai dévoré ce roman en quelques jours, mais je dois avouer qu’après quelques centaines de pages, lorsque je quittais Oussama dans une situation délicate pour rejoindre les bras de Morphée, je n’avais aucune inquiétude quant au fait de le retrouver le lendemain.
Un style efficace servant bien le genre ‘thriller’, mais qui manque de poésie à mes yeux.
Par exemple, Cédric Bannel nous présente Oussama ainsi : « âgé d’un peu plus de cinquante ans, Oussama mesurait deux mètres. Sec (il pesait à peine quatre-vingt-dix kilos), il en imposait avec sa barbe veinée de gris, taillée court, et ses cheveux ras. ».
Aurions-nous pu nous passer du poids du personnage pour suivre l’intrigue ? Je le présume… et serai tentée de dire que l’auteur manie mieux la précision que la métaphore.
Quelques indications inutiles par moments, comme l’indication que la mère de Nick s’est remariée avec un apiculteur, sur laquelle mes yeux se sont posés en feuilletant le livre à nouveau. Une information figurant au dossier du personnage, tendant probablement à montrer le niveau de précision du dossier, mais le reste du paragraphe m’a paru remplir amplement cet office.
Tout cela est subjectif bien entendu, ne constitue que mon humble avis, et j’ai peu de points de comparaison dans la catégorie ‘thriller’.
De toutes façons, je ne m’en fais pas, mes petites piques ne pourront faire grand mal à un roman déjà classé dans la collection ‘Best-sellers’.
22 octobre 2009
Vol...
Des hommes en uniforme barraient le passage. Ils ont contrôlé nos papiers d'identité, et nous ont indiqué le passage à emprunter. Une seconde équipe nous interrompit sur notre chemin. Ils nous ont fait déposer nos sacs dans des caisses en plastique, et déballer le matériel informatique. Ils nous ont demandé de nous dépouiller de nos vestes et ceintures. Nous avons dû quitter nos chaussures, et envelopper nos pieds dans des sacs en plastique. Puis, nous avons été parqués dans un bus, qui nous conduisit à l'appareil qui nous emmènerait vers notre destination finale. Canalisant le flot humain par l'ouverture d'une seule porte, ils nous firent descendre du bus par petits groupes. A bord de l'appareil, une fois attachés, ils nous ont lavé le cerveau, nous empêchant de penser, serinant sans interruption les directives des ministères de la santé et de l'intérieur. Ils ont insisté sur l'interdiction de fumer et les sanctions associées, rappelé les menaces qui nous encerclaient, n'oubliant ni le terrorisme, ni la grippe. Les consignes de sécurité furent bien détaillées. Lorsque nous fûmes calmement assis, ils nous récompensèrent de deux biscuits secs et d'un verre d'eau chaude à la couleur étrange rappelant celle du café. Une heure plus tard, ils nous ont relâchés. C'était un vol intérieur.
15 septembre 2009
Le langage des oiseaux
Le Langage des Oiseaux est une technique littéraire
médiévale basée sur des jeux de mots à partir de leur sonorité, destinée
à dissimuler certains messages.
Principe : Rédiger un texte en utilisant quatre mots proposés, non pas pour leur
signification mais pour leur phonétique, de façon à ce que chacun de ces
mot constitue la fin et le début de deux (ou plus)
mots qui se suivent.
Les mots incrustés doivent obligatoirement faire la liaison entre deux
autres mots. Une ou plusieurs syllabes de « l’incrusté » terminant un
mot et le reste composant le début d’un autre. Les mots incrustés doivent être utilisés dans l’ordre de la liste.
Exercice 1: Dégouliner, attraction, pendulaire, lampisterie
Triste ville en ruines, abandonnée des hommes, où ne subsistent plus
que quelques créatures aux canines acérées, caniDES, GOULES, ...
INErtes
sont les vestiges de la civilisation, machines rongées par la rouille,
édifices éboulés par le dernier séisme. Un tremblement de terre
d'amplitude inégalée par le passé, qui fit fuir en masse les derniers
humains, sautant par dessus les décombres, tel un nuage de sauterelles
que le mainATE TRAQUE.
SION était une jolie ville auparavant, avec
en son centre un bourg médiéval particulièrement bien conservé jusque
dans les années 2000 qui lui donnait beaucoup de charme. Chaque matin,
on pouvait y voir la mère Truchet, dont la famille avait vécu à Sion de
génération en génération, penchée à sa fenêtre pour observer son chat,
laPANT DU LAIT. L'ERE de ce calme apparent est hélas révolue et la
vielle ville s'est effondrée elle aussi.
Nous ne sommes à présent
plus que quelques uns, rescapés des pierres, à vivre reclus, ayant fait
fi de toute politesse ou éducation, comme en témoigne notre leader qui,
tout en me parLANT, PISSE.
"TE RIrais-tu de moi ?" m'interpella-t-il
en me gratifiant d'un regard menaçant. Je niais avec conviction. Il se
détourna en maugréant: "Bon à rien d'écrivain...".
Exercice 2: Nicomède, alarmiste, fenouil, vénitien
Rentré victorieux d'une bataille qui s'éternisait depuis des semaines,
désireux de prendre en peu de bon temps et d'en faire profiter sa cour,
le prince fit dresser un buffet garNI, COMME EDifié par Gargantua
lui-même.
Comme il se doit, il convia à ce banquet, parmi tous ses
chevaliers qui avaient pris part au combat, ceux qui étaient encore
aptes à festoyer. On fit venir toutes les dames du pays, surtout les
plus belles, parées de leurs plus riches atours.
Les convives,
honorés d'être admis à la table du prince, se présentèrent à l'heure
indiquée. Ils saluèrent le prince, se présentèrent les uns aux autres,
commencèrent à échanger, à rire ou à débattre, puis furent invités à
rejoindre le buffet. Tandis que l'on se régalait et que la fête battait
son plein, le cor sonna l'ALARME. HYSTérique, la comtesse se mit à
pousser des cris aigus, ajoutant à la panique ambiante. Une dame
s'évanouit. On ne la vit même pas s'effondrer sur le sol. Les convives
s'éparpillaient le plus rapidement possible, à grand fracas, renversant
pichets, caraFEs, NOUILLES et gibiers. C'était une telle pagaille que
l'on ne pouVAIT, NI SIENS, ni ceux des autres, relier les membres à qui
ils appartenaient.
Exercice 3: Miracle, oracle, spectacle, opaque
Sur la pointe des pieds, Tom s'introduisit dans la chambre de Virginie,
sa colocataire, tandis que celle-ci se préparait dans la salle de bain.
Tout était en ordre, il adMIRA CLandestinement cette capacité à tenir
une pièce bien rangée, mais se demanda comment parvenir à ses fins sans
y mettre un désordre qui serait inévitablement remarqué.
N'étant pas
à la recherche de bijoux ni d'OR, AH CLeptomane repenti, il n'inSPECTA
QUE LE dernier rayon de la bibliothèque qui abritait les livres de
cuisine. Il se saisit de la "bible" culinaire de la jeune demoiselle,
un recueil de recettes de "Desserts à faire fondre", qu'elle mettait à
l'épreuve chaque fois qu'elle invitait à dîner une nouvelle conquête.
Ayant
préalablement procédé à l'inventaire de la cuisine, Tom put retrouver
sans trop de difficultés la recette prévue pour le soir même.
Armé
d'un peu de Tippex et d'un feutre fin, il maquilla soigneusement le
temps de cuisson de 40 minutes, qui se transforma en un joli 20.
Après
s'être assuré que la correction était bien sèche, il replaça
promptement le livre sur l'étagère, et s'éclipsa discrètement de la
chambre, puis de l'appartement, comme le lui avait demandé Virginie. Il
partit encore une fois vers une soirée solitaire, mais emportant comme
petite consolation l'assurance que "Mr Nouvelle Conquête" aurait à
déguster un gâtEAU PAS Cuit.
Exercice 4: Contrevent, radiation, lampadaire, exotique
CONTRE VENTs et marées, Ylith parcoure les sentiers égarés d'une ombre
éloignée à la recherche de monstres déchus. Ceux-ci, aigris dans leur
exil, n'ont plus rien à défendre, plus de propriété, mais leur nature
les pousse à pourfendre le téméraire qui ose les approcher.
Yilith les cherche donc, pour les éliminer, et sur son chemin renCONTRE VANdalisme, peur et précarité.
En
effet, il se trouve que l'un de ces monstres maudits se réveilla,
rescapé du temps, il y a peu, et irRADIA SILLONs et vallées d'une
colère acharnée, terrifiant les villages de la contrée.
Dans sa
quête, Ylith fut comblée. Elle l'aperçut grimpant la colline d'un LENT
PAS, DERouté. Il zigzaguait, tel un vieux T-rEX AUX TICS dégénérés.
D'un seul sortilège, elle put l'envoûter, et le rendit à son sommeil pour l'éternité.
Un instant de pause dans la course contre le temps...
Jour de liberté, sans contraintes, je jubile d'avance de pouvoir enfin
laisser aller ma rêverie, mes sensations, absorber la ville et la vie
qui y grouille, me ressourcer pour pouvoir donner à nouveau. J'ai
décidé de laisser mes pas me porter là où ils pourraient et mon regard
se poser là où il voudrait. C'est grisant, je marche d'un pas vif, le
sourire aux lèvres, ayant laissé tomber le masque requis de la citadine
qui doit en toute circonstances prévenir: "je suis pressée et d'une
humeur massacrant, laissez-moi aller en paix vers mon but".
Au bout
de quelques temps, presque une heure je crois déjà que je marche, je
commence à fatiguer, ralentir le rythme, et regarder davantage autour
de moi.
Levant les yeux par hasard en arrivant au pied d'un immeuble, je tombe en arrêt devant le spectacle qui s'offre à moi. Un homme, perché sur une échelle en bambou, appuyée en équilibre précaire contre un lampadaire, répare une installation électrique de la ville. Il est concentré, mais presque détendu, et ne semble pas déstabilisé par l'apparente fragilité de l'édifice qui le maintient. Son attitude, et même sa tenue faite d'une chemise aux manches retroussées, d'une petite casquette estivale, et de tongues, contrastent avec le travail qu'il est en train d'accomplir. Je souris à l'homme, puis me détachant de son image, commence à essayer de décrypter le fatras qui l'entoure : un amoncellement de câbles électriques qui semblent ne jamais prendre fin, emmêlés les uns aux autres.
Je ne parviens pas à détacher le regard, comme absorbée. Je commence à fredonner une chanson mélancolique :"Chuis mêlé, je m'emmêle les pédales, Chuis tout mêlé dans les rues de Montréal" (Volo). Il y a quelque chose de personnel dans cet amas de câbles. Et en effet, une fois détendu le fil des obligations que je suis chaque jour sans avoir le loisir d'y réfléchir, que reste-t-il de mes pensées, sinon un désordre grouillant de réflexions futiles, désirs contradictoires et projets inaboutis. Ce temps libre, tant attendu pour me retrouver, me laisse face à un sac de nœuds que je ne sais par quel bout attaquer. Comme j'aimerais demander conseil à cet homme qui dénoue les vrais fils sans ciller. Il m'interpelle, mettant fin à ma rêverie: "eh! ma petite dame, faut pas rester la dessous, ya des bouts qui pourraient tomber". Je le remercie d'un signe de tête et m'éloigne, en me demandant si j'arriverai réparer mes propres pensées avant qu'un bout d'émotion maladroit et incontrôlé ne vienne à tomber sur l'un de mes proches.
Inspiré par : http://www.lefigaro.fr/medias/2009/07/06/20090706PHOWWW00305.jpg
Consigne: Un texte de trois ou quatre paragraphes, ni plus ni moins, dont au moins un ou la totalité sera consacré à la description.
Nos amis les humains
C'était
un grand jour pour la mission. Depuis 3 siècles, nous observions la
terre grâce à nos puissants satellites, et nous étions parvenus à
établir une planetographie complète recensant toutes les informations
géographiques, biologiques, technologiques et politiques qui nous
semblaient pertinentes. Nous disposions de rapports très complets,
faisant état de toutes les spécificités locales que nous avions pu
constater. En effet, si les humains nous avaient tous parus semblables
au premier abord, nous nous étions rapidement aperçus qu'il existait en
réalité de nombreuses disparités, causant la désorganisation
caractéristique de cette planète. |
Exercices de style...
Ces derniers temps, je m'adonne à quelques exercices d'écritures, demandant de se plier à certaines règles.
Il en ressort parfois quelques trouvailles amusantes, que je me propose de poster ici.
15 juin 2009
Perception... du rêve au supermarché
La pierre, je dois
trouver la pierre.
Roméo,pourquoi es-tu Roméo ? Si je trouve la pierre nous pourrons nous marier.
Non, je dois trouver la pierre pour accéder à l’immeuble ou j’ai rendez-vous.
Si je n’y parviens pas, c’est mon travail qui est en jeu. Roméo n’est pas là…
Mais que peut bien faire la poterne ? Je lui avais pourtant demandé
d’élimer le fourrage rapidement.
Je sursaute, et feins une totale clarté d’esprit en recherchant mon billet. Avec la fatigue, je me suis assoupie dans le train. Mes rêves mélangent les textes que je vais bientôt jouer au théâtre, le rendez-vous client dont je sors, et le livre que j’étais en train de lire quand je me suis endormie.
En descendant du train, j’ai une impression étrange. Je suis à la fois ailleurs et plus présente. Je suis ailleurs car rien ne me touche. Les préoccupations qui tournent en boucle dans mon esprit stressé se sont tues. J’ai accompli mon devoir et n’ai pas de perspective pour les heures à venir. Je m’amuse avec des pensées issues de mon livre, je regarde si toutes les ombres sont aussi sombres les unes que les autres, l’un des personnages de mon roman ayant un problème d’ombre...
Je suis en même temps plus consciente. Les contours du monde réel me semblent plus nets, sa lumière plus intense. Je crois que c’est ce que l’on peut ressentir avec certains psychotropes.
La fatigue ne me pèse plus, je marche sans même le sentir.
La robe
Je m’appelle Mireille.
J’ai 59 ans. Bientôt 60, mais j’ai envie de m’octroyer le répit de quelques jours
qu’il me reste avant d’assumer la dizaine supérieure.
Aujourd’hui, je suis
l’invitée d’une émission littéraire télévisée pour parler de mon roman qui
vient de sortir. C’est mon premier roman.
Après avoir enseigné le
français pendant près de 30 ans, j’ai quitté l’éducation nationale pour me
consacrer à ma passion, l’écriture. J’ai publié un manuel sur l’enseignement,
plusieurs travaux de recherche en littérature ainsi que quelques nouvelles plus
ou moins réussies.
Ce roman, c’est un rêve
qui s’accomplit enfin, le travail de deux années entières qui voit maintenant
le jour.
La réalisation de ce rêve,
je la dois avant tout à Patrick, mon mari.
J’admire mon mari. C’est
un homme qui sait garder en toutes circonstances un calme olympien,
profondément altruiste, et animé par un sens du devoir au-delà de toute
comparaison.
Il s’est battu pendant des
années pour amener notre famille à un confort de vie non négligeable. En tant
que commercial, il a parcouru les routes de l’Ouest, de rendez-vous en
rendez-vous, pour vanter les mérites des copieux Xorex. Depuis à peine 10 ans,
il est à la tête d’une petite agence, ce qui lui assure des horaires plus
confortables.
Pendant son temps libre,
il aime par-dessus tout s’installer pour lire dans le jardin. Mais il affirme
qu’il ne peut s’y consacrer sereinement que si son jardin est parfaitement bien
entretenu. Il va sans dire que sa femme qui consacre le plus clair de son temps
à l’écriture ne l’aide guère dans cette tâche, et que sa lecture est bien
souvent sacrifiée au jardinage.
Ce soir, il s’est libéré
pour m’emmener à Paris pour l’émission.
Or, si, je pensais bien y
aller comme cela. Je n’ai jamais apporté beaucoup de soin à mon aspect
extérieur. Choisir des tenues, assortir des chaussures, vernir ses ongles, cela
m’ennuie. Quand j’étais plus jeune, je
me plaisais à dire que le naturel était la plus belle parure pour une femme. Et
il est vrai que ma minceur et ma fraîcheur de l’époque faisaient tout à fait
leur office en matière de séduction, en témoignaient les regards encourageants
que me lançaient certains pères célibataires, ou non, en réunion parents –
professeurs.
Aujourd’hui, quand je me
regarde, je sais bien que cela ne suffit plus, j’évite alors de me regarder.
J’aime à me dire que je suis une intellectuelle, et que quoique je fasse pour
paraître belle aujourd’hui ne me rajeunira pas, alors autant jouer sur d’autres
tableaux. J’ai passé l’âge des fioritures, et ne m’y étant jamais intéressée,
je n’ai pas l’intention de m’y mettre maintenant.
Mon mari affirme qu’il
m’aime comme je suis. Et je le crois. Peut-être ne me désire-t-il plus comme
avant, mais je dois avouer que je n’éprouve plus non plus envers lui les
ardeurs de nos 25 ans. Mais tant d’autres choses nous lient.
Je me remets à penser à
l’émission de ce soir. Ce roman c’est le rêve d’une vie, le travail de deux
ans, je suis heureuse d’avoir l’opportunité d’en parler. Je pense que je vais
être interrogée sur les auteurs qui m’ont inspirée, à qui je me ferai une joie
de rendre hommage. Je sais que j’aurai des questions plus personnelles aussi.
Ce roman, c’est un roman d’initiation, d’une jeune fille dans la vie moderne.
J’imagine que les journalistes voudront y voir mon histoire, ou celle de ma
fille. Mais cela ne m’angoisse pas trop, je répondrai avec franchise, ou
esquiverai avec esprit.
Pour la première fois, je
me demande ce que les gens vont penser de mon apparence. J’ai peur qu’ils me
trouvent risible ou qu’ils me prennent en pitié. J’ai envie qu’ils se
concentrent sur mon roman et sur mes paroles, pas sur ma déchéance physique. Et
soudain j’entends déjà résonner les quolibets sur cette vieille femme qui, de
toutes façons, ne doit plus avoir que l’écriture dans la vie. Et cela me révolte
d’imaginer que l’on puisse réduire ma passion à un passe-temps ou un substitut
pour mes vieux jours.
La vendeuse me présente
une robe magnifique, que j’essaie aussitôt. Je trouve la robe élégante mais en
me voyant ne suis pas convaincue. Voyant ma moue, la vendeuse me présente les
chaussures assorties, replace mes cheveux, agrémente le tout d’un pendentif et
me dit : « Avec un peu de maquillage, vous serez transformée ».
Et je vois alors dans le
miroir, non pas une jeune femme, mais un aperçu de la femme que je pourrais
encore être si je daignais m’occuper de moi.
Seulement, le prix de la
robe est prohibitif. Je remercie la vendeuse, et ressors avec mes paquets de
légumes, un sentiment d’impuissance pesant sur mes épaules.
Plusieurs lecteurs m’ont
abordée ensuite pour une dédicace. Avant de retrouver Patrick, f’ai échangé
quelques mots avec un homme charmant, d’une cinquantaine d’année, qui m’a
laissé sa carte.
Peu importe, le lendemain
j’ai tenu ma promesse et me suis fait rembourser sans trop de difficultés mon
achat.
Quelques jours plus tard,
pour mes soixante ans, Patrick m’a offert la robe. Nous avons vécu
une autre soirée mémorable, puis la tendre routine a repris le dessus.
L’homme de la sortie de
l’émission. Je suis retournée à Paris pour le voir. J’ai découché quelques
fois. J’ai regretté et tout avoué. Patrick ne m’a pas pardonnée, nous nous sommes
séparés. J’ai pris un petit studio, tenté de reconstruire ma vie. Mais j’étais
anéantie, je savais plus qui j’étais ni qui je voulais être. Je n’ai plus jamais
réussi à écrire.
11 juin 2009
Des nouvelles
Absorbée par les répétitions en vue des représentations théâtrales de la fin d'année, je n'ai pas trouvé le temps de faire beaucoup de mises à jour sur ce blog. Cela se termine bientôt, et j'ai quelques nouvelles dans mes placards à peaufiner.
En attendant, voici le lien vers un article écrit et illustré par Moalex auquel j'ai contribué (pour la partie écriture uniquement bien sûr) :
TENDRE GUERRE... quelques mots sur le théâtre
TENDRE GUERRE
Un spectacle de la compagnie l'Air du Verseau, mis en scène par Christophe Hatey.
Samedi 13 Juin à 15h30 (pour 1h30 de spectacle environ je crois).
Bouffon Théâtre – 28 rue de Meaux – 75019 PARIS
Places disponibles en prévente auprès des comédiens (10€)
Extraits de :
· Roméo et Juliette de Shakespeare
· La comédie du langage de Tardieu
· L’ours de Tchekhov
· On purge bébé de Feydeau
· Chambres de Minyana
· Et d’autres…

